Lardux Films
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Le nouveau film de Anne Laure et léo !

2017 , long métrage , animation

un film de Anne laure DAFFIS & Léo MARCHAND

Un long métrage animé avec le soutien de la Procirep et de l’Angoa, et de l’Aide au Développement du CNC.

Nous voulons défendre avec ce projet un « cinéma d’auteur » qui s’adresse à tous public dans lequel les enfants ont toute leur place. Un cinéma non formaté, où nous ne faisons pas de concessions destinées à adoucir les propositions quelles soient graphiques ou scénaristiques

C’est ce que les précédents courts-métrages d’Anne-Laure et Léo ont démontré avec réussite, aussi bien La Saint-Festin que La Vie sans truc, par leurs nombreuses sélections en festivals de premières catégories et par les nombreux prix qu’ils y ont obtenus.

Pour faire écho à la note d’intention des auteurs, nous reprenons volontiers le concept de Nouvelle Vague dans le cinéma d’animation. C’est à dire la possibilité en animation de vivre ce qu’à vécu le cinéma « live » dans les années 50/60. Dans notre cas de figure, le fait qu’une partie de l’animation est récupérée à partir de ce qui a été fait pour La Saint-Festin et La Vie sans truc allège le travail d’animation restant et nous permet d’imaginer une autre manière de produire ce long-métrage d’animation. Nous voulons utiliser les moyens techniques du court-métrage : un savoir-faire artisanal, avec par exemple, le fait que ce soit une seule personne qui est en charge d’exécuter tous les dessins, il n’y a pas de bible graphique, avec une petite équipe de fabrication (moins d’une dizaine de personnes pour la fabrication).

Un ogre casse ses dents la veille de la Saint-Festin, la grande fête des ogres. Un magicien rate son tour de la femme coupée en deux en perdant les jambes de son assistante. Un randonneur suréquipé reste coincé plusieurs jours dans l’ascenseur. Un vieux monsieur tombe amoureux d’une paire de jambes en fuite. Une maman confie ses enfants au voisin le soir de la Saint-Festin...

Dans un immeuble, les destins entremêlés de dix vrais voisins ou voisins de voisins aux prises avec les drames, les plaisirs, les surprises et les hasards de la vie quotidienne.

Note d’intention

Depuis 2008 nous cherchons, en parallèle de la réalisation de plusieurs courts, comment faire pour arriver au bout du projet de long sur lequel nous travaillions cette année là, et que nous avons dû laisser tomber.

Nous étions convaincus que pour cela, il faudrait parvenir à faire une sorte de Nouvelle vague du cinéma d’animation. Nous nous sommes donc posés, en substance, les mêmes questions d’émancipation et de liberté que se sont posées pas mal de réalisateurs dans les années 60 : Comment s’affranchir des budgets faramineux qui pèsent sur une production ? Comment se passer d’une fabrication forcément longue, d’une technique et d’une organisation qui nous semblent trop complexes pour pouvoir rester alertes et concentrés sur ce qui prime pour nous : la liberté de proposition ?

Nous pensons qu’en parfaite cohérence avec notre façon de tracer un chemin depuis 18 ans que nous faisons des courts, nous pourrions à présent solutionner ce qui jusque là nous semblait impossible : développer un long métrage animé où pourrait parfaitement s’exprimer tout ce que nous voulons y mettre.

Au travers de nos courts métrages : La St-Festin (2007), comme de La vie sans truc (2013) et du dernier Y a pas que des histoires de Cucu (2017), nous avons toujours mis en avant une liberté de ton et eu comme priorité de bousculer les codes graphiques et narratifs.

C’est à cette « bonne école » des courts que nous puisons, au sens propre comme au figuré, l’envie et la capacité de faire un long. C’est dans ce travail que nous avons largement développé depuis nos débuts, que nous allons directement extraire les bases de notre nouveau grand chantier.

En reprenant la structure narrative du film choral sur lequel nous travaillions en 2008, et qui entrecroisait plusieurs histoires -un peu à la manière de Short Cuts de Robert Altman- nous avons eu l’idée de réaménager un nouveau puzzle à partir d’anciennes et de nouvelles pièces pour réécrire une grande histoire.

Etape 1, nous revisitons par des ajustements d’écriture mais surtout un nouveau montage, deux courts que nous avons déjà réalisés : La Saint-Festin et La vie sans truc. (Le recyclage et le détournement sont une de nos marques de fabrique depuis toujours mais là, la nouveauté est qu’ils concernent aussi nos propres productions.)
Etape 2, nous supprimons deux histoires que nous avions écrites.
Etape 3, nous réécrivons ce qui manque aux deux autres histoires que nous conservons pour lier l’ensemble en une nouvelle grande histoire, ce qui implique aussi d’écrire une autre fin.

Ça paraît simple et presque bête écrit comme ça en trois étapes mais ça représente pour nous un sacré dénouement (une Nouvelle Vague) que de penser à se servir dans la réserve que constituent des animations déjà existantes. Il faut bien sûr retravailler le montage et des points d’écriture dans un premier temps, ré-enregistrer des ajouts de voix, retravailler la colorisation et le compositing sur After Effects (voire note technique) mais enfin, nous partons d’un compteur qui n’est pas à zéro. Pour nous c’est justement la révolution qui va nous permettre de préserver la légèreté (notion toujours relative en animation) nécessaire à la fabrication de toutes les minutes restantes. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme disait Lavoisier, c’est bel et bien ce principe qui nous permet de pouvoir réellement envisager le long format.

L’idée que nous avions déjà à l’époque, d’assembler des histoires presque indépendantes les unes des autres (les histoires croisées des habitants d’un petit immeuble) pour les assembler en une sorte de cadavre exquis ne s’en trouve que plus justifiée et assumée par cette contrainte de fabrication par strates successives. Ce qui est véritablement positif pour nous, c’est que cette contrainte n’asservit ni ne lisse la création mais participe au contraire du processus inventif de la narration et du graphisme : le collage harmonieux ou dissonant de sources que nous mettons en avant dans tous nos films reste intrinsèquement et plus que jamais au centre du projet, qui de cette façon, a tout à gagner de sa fabrication.

Il s’agit donc de quatre histoires principales qui s’entremêlent -car elles font finalement plus que se croiser- autour de figures plutôt parlantes pour les enfants, au moins pour deux d’entre elles : l’ogre (La Saint-Festin) et le magicien (La vie sans truc).
Ces deux histoires, comme les deux autres qui s’y imbriquent, sont traitées dans la réalité d’un quotidien quelque peu trafiqué mais qui parlent aussi aux adultes.
Ils y retrouvent de grandes préoccupations comme le chômage (à travers le Paul Emploie), le pouvoir d’achat et la société de consommation (à travers le suréquipement en matériel de pointe de randonnée de Truducou, l’hyper marché Méga U et ses multiples offres promotionnelles), les vacances (avec l’attraction de voyages ringards mais tout confort), le logement (avec les nouveaux complexes immobiliers qui poussent comme des champignons sur les terrains vagues...). Ils y retrouvent aussi des références cinématographiques (Le père Noël est une ordure de Poiré, Le grand embouteillage de Comencini) et des faits divers historiques comme la mort de Lady Di.

Nos situations de départ sont assez simples et puis elles se complexifient quelques fois jusqu’à l’absurde, voire le surréaliste (mais ne sont-ils pas la trame de fond de notre quotidien ?) pour se dénouer heureusement pour les uns, malheureusement pour les autres ou pas encore pour certains. Bref, un lieu banal : un immeuble avec des personnages que l’on croise tous les jours ou presque : ses voisins (vieux, jeunes, entre deux âges, bougons ou avenants) et deux intrus dont l’un est incontournable vu qu’il est bloqué dans l’ascenseur en panne, et l’autre d’une discrétion absolue vu qu’il s’agit d’une paire de jambes en fuite. Il y a aussi quelques à-côtés tout autant familiers, ce sont les voisins de mes voisins : un petit cirque pourri installé à proximité sur un terrain vague, le métro, l’hyper marché, le pôle emploi récemment refait dans la plus pure et efficace fonctionnalité...

C’est donc au travers d’un temps donné assez restreint : cinq jours, qu’un univers intime fait d’un assemblage atypique d’éléments graphiques divers (maquette, dessins, 3D, documents photoshop, vidéos... ) mais identifiable par tous, évolue sous nos yeux.

Chaque décor, chaque détail, traité sur un mode d’expression graphique qui lui est propre, est là pour éveiller des sensations, raviver des souvenirs. Tout nous cause : des post-it arc-en-ciel en 3D de la dame du Paul Emploie au scan du vieil autocollant Pif Gadget dans la salle de bain de la caravane de Popolo en passant par les dernières images vidéo de Lady Di sortant du Ritz, ou encore le radio réveil de l’ogre sur sa table de nuit. Tout est vrai, et pourtant comme dans les contes, il s’en faut d’un cheveu pour que rien ne soit vraiment possible. C’est comme une image qui aurait légèrement bougé pendant l’impression : le léger décalage des traits ou de la couleur produit la zone floue où se glisse l’imaginaire propice au décollage et à la légère lévitation. C’est ce qu’on aime retrouver chez Vian, Queneau, Tati, Kaurismaki, Chaplin, Demy ou d’autres. C’est peut-être bien en filigrane, l’idée de la fuite. Fuite en vacances, en voyage, en randonnée...

Pour nous en tout cas, l’idée est bien de fuir au travers des histoires de ces personnages qui nous ressemblent tous un petit peu et qui cherchent à partir vers un ailleurs idéalisé mais qui n’ y arrivent pas vraiment, puisque tout le monde se retrouve immobilisé soit dès le début dans l’ascenseur, soit à la fin dans l’immense embouteillage. Et même Mireille à qui Truducou devait laisser ses clés, et qui ne semble pas près de rentrer. Où est-elle ? Bloquée elle aussi quelque part ? Dans l’embouteillage ou ailleurs et empêchée de revenir ?

Un léger et double décalage donc : celui de partir du cinéma en prise de vue réelle dont nous tirons la plupart de nos références et celui de partir d’une structure narrative dite chorale, plus habituellement destinée aux adultes pour l’amener à un film « tout public ».

Toutes ces influences sont à priori extérieures à l’animation. Mais par expériences de nos précédents courts, nous la savons capable d’un grand pouvoir d’absorption face à ces composantes venues d’ailleurs. Le corps étranger ne le reste pas longtemps. Peut-être parce qu’en premier lieu nous privilégions la qualité plastique de l’animation au sens strict du terme. Elle suscite chez nous un engouement, celui d’avoir envie de jouer avec l’image, avec son côté purement plastique justement (son traitement, sa source, ses dérivés...). Puisqu’en animation l’image est entièrement à créer, allons-y gaiement et carrément. Allons-y à fond. Par un biais, c’est ce que nous avons expérimenté avec La saint-Festin puis repris et élargi avec La vie sans truc. Par un autre biais, c’est ce que nous avons fait en tirant un autre fil avec Y a pas que des histoires de Cucu. Notre conclusion est que l’animation pour être plastique en est même élastique : elle peut encaisser à l’infini ce pluralisme de formes et d’influences, le plus gros travail à faire étant celui du tri. Il faut choisir les sources innombrables aux formes innombrables mais aussi les doser en intensité et en densité.

Il faut pour cela essayer de ne pas verser dans l’auto complaisance d’un pêle-mêle uniquement là pour lui-même et son esthétisme vintage. Il faut aussi ne pas se laisser piéger par la censure, surtout la sienne.

Pour que la recherche de cet équilibre périlleux et excitant puisse exister, nous avons depuis toujours à nos côtés Lardux films dont le producteur accepte sans sourciller d’enfreindre quelques lois et principes fondamentaux et nous l’en remercions vivement. Et nous avons également la chance d’avoir le soutien précieux et régulier de commissions et de chaînes ayant un goût suffisamment audacieux et éclectique qui donnent à découvrir des productions extrêmement variées. L’intérêt n’étant pas de savoir si tous les films aidés plaisent ou sont entièrement réussis mais bel et bien d’y sentir une proposition singulière et de voir s’ils se sont engagés, autant dans le fond que dans la forme, assez loin sur le chemin de cette singularité.

Voilà en substance les points sur lesquels nous ne devrons pas baisser la garde pour aller comme nous le souhaitons, au bout de ce long projet. La première étape d’écriture a commencé il y a déjà quelques années mais le temps, au lieu d’émousser notre appétit, l’a au contraire aiguisé. Nous sommes en phase de pouvoir commencer à écrire le scénario complet, ce à quoi nous allons nous mettre sans tarder, avant de passer à l’étape de l’animatique. Ces deux aspects complémentaires de l’écriture du film, vont très certainement faire bouger encore un peu la structure et les histoires, les ajuster, les compléter, les enrichir mais pour l’essentiel tout est là, d’autant que l’envie n’a pas failli et que le mode d’emploi est enfin à notre portée.

Anne-Laure Daffis et Léo Marchand