Lardux Films
 /  /  /  / Installations  / Multimédia  / Films de Commande  / Compilations  /  /  / Fictions  / Essais  /
2017 , Court Métrage , animation

un film de Davy DURAND

Lorsque Davy nous a présenté ‘Alphonse’, nous avons de suite été captivés par le récit qu’il voulait raconter. Le sujet résonne en nous en tant qu’adulte par son langage universel et nous ramène aussi à notre enfance, aux racines de notre imaginaire. Nous avons été emportés par le fait qu’il mette en relation directe l’auteur et le lecteur, gommant la frontière entre l’imaginaire et le réel.

Davy développe un style graphique propre et caractéristique : son travail sur la matière alliant légèreté, simplicité, rythme, est palpitant. Une impression de présence physique se dégage de ses dessins et animations.

A la puissance graphique s’additionne une sensibilité exacerbée, un sens du mouvement, et une sensibilité qui font de Davy un auteur en devenir que nous aimerions accompagner...

Des tests de l’animation :

NOTE D’INTENTION

Au sein de ce film, mettant directement en contact l’auteur et le lecteur, je brise un mur qui est posé dans notre réalité : un auteur écrit son livre, quelques temps plus tard, le lecteur le lit. Ils peuvent ne jamais se rencontrer, et pourtant l’un et l’autre sont indispensables pour qu’une histoire « prenne vie ».

À l’âge de 6 ans, j’ai été transporté par les histoires que me lisait mon grand-père. Il m’a ouvert tout un monde. L’enfance est une période où l’on est particulièrement marqué par les histoires que l’on nous raconte. C’est là qu’une partie de notre imaginaire se façonne.

Que se passerait-il si le jeune lecteur que j’étais rencontrait l’auteur que je suis devenu ? Quel impact y aurait-il sur l’histoire racontée ? Cela a été le point de départ du travail sur ce film.

De fil en aiguille, les caractères des personnages se sont affirmés, s’affranchissant presque de mon contrôle. J’en suis arrivé à faire de l’auteur un « mauvais conteur » d’histoire.

Se pose alors pour moi un nouveau questionnement : quelle influence un mauvais conteur peut-il avoir sur le développement de l’imaginaire de l’enfant, et de sa personnalité ? Je parle maintenant de la transformation de l’enfant à travers l’assimilation des histoires qui lui sont contées.

Dans ce film, les personnages de l’histoire sont comparables aux personnes que l’on côtoie, qui nous entourent. Et on un impact plus ou moins important sur notre vie.
Le personnage de Gaspar est secondaire, il est ce grand père que nous connaissions lorsque nous étions enfants, qui nous a marqué.
Lamélodie, elle, représente l’amie qui a le courage qui nous manque parfois pour prendre des décisions et qui est prête à se sacrifier pour nous.

L’auteur est celui qui se fourvoie dans l’exercice de son autorité, qui agit par égoïsme et qui ne mesure par les conséquences de ses actes. Alphonse, lui, est le centre névralgique de l’histoire. Ce lecteur autour de qui tout gravite. Il absorbe ce que l’auteur déverse en lui, tout en essayant de lutter avec ou contre les idées véhiculées.

Les relations entre les différents protagonistes créent une spirale émotionnelle forte et dynamique qui conditionne leurs réactions. J’apporte également un certain humour, par certaines situations parfois décalées.

À travers ce projet je m’adresse à la fois aux enfants, car cette histoire est une petite aventure fantastique, mais aussi adultes, faisant notamment écho au chemin qu’ils ont parcourus pour en arriver là où ils en sont.

Le jeu entre réel et imaginaire m’a toujours attiré. Je me sers ici de la narration parallèle comme colonne vertébrale de l’histoire. Les personnages sont alors ballottés dans un univers dont les règles ne cessent d’être bouleversées, apportant par la même occasion des questionnements presque métaphysiques.

La mise en scène du film évolue au fil du récit. Au commencement les cadrages utilisés sont simples et rassurants pour le spectateur. Et plus la tension est forte, plus les angles de vue basculent (plongée, contreplongée, rotations légères de la caméra).

Le décor s’assombrit et se distord, devenant plus impressionnant voir effrayant... Des passages à la limite de l’abstraction s’immiscent, dans la lignée de mes précédents films.
Le graphisme est proche de celui d’un livre pour enfant : grain du papier, pastels à l’huile, crayons de couleur... Inspiré par la peinture de SISLEY et DEGAS j’aspire à une animation impressionniste : des taches de couleurs dansent, la matière frémit ; quelques touches simples créent l’émotion et donnent la vie.

Davy Durand