Lardux Films
 /  /  /  /  / Multimédia  / Films de Commande  /  /  /  /  /  /
2017 , long métrage , documentaire

88 minutes,

un film de Pier Emanuel PETIT (PEP)

avec le soutien du CNC, de la Procirep et de l’Angoa, et la participation de TV Montreuil.

Le nouveau film de l’auteur de Kapital et madame Lee

Du neuf trois à la corniche d’or, des quartiers aux rivages, de la naissance à la mort, la longue route est courte.
Exil, gloire et dèche : portrait d’un homme multiple dans un monde unidimensionnel à l’heure de la société du spectacle.

LE CONTEXTE

Photographe de naissance, Roger Kasparian est né en 1938 à Montreuil, célèbre ville de la proche banlieue parisienne.

Son père, photographe, est rescapé du port de Samson martyrisé lors du génocide arménien de 1915*. Il arrive en France en 1919 et devient apprenti photographe, métier nouveau et moderne à l’époque.
Il crée, en 1943, aux confins de Montreuil, un studio photo qui portera le nom du quartier excentré et animé où il s’est implanté : le Studio Boissière. En résonance avec le Studio Harcourt où il travailla un temps.
Le père Kasparian assure les prises de vues, le développement et les tirages. Il devient une référence locale pour les mariages et les portraits, en particulier auprès des tsiganes et des gens du voyage installés tout autour des murs à pêches et dont la splendeur des fêtes et la beauté des cérémonies sont légendaires.

Le petit Roger est né dans le bain de la photographie. Dès son plus jeune âge, il aide et assiste son père dans toutes les étapes de la fabrication photo. Shooting et laboratoire. Le magasin est au rez de chaussée de la maison familiale à la croisée des chemins : Noisy, Rosny, Romainville. Quand il n’est pas à l’école, le petit Roger y descend souvent pour accueillir des clients aux métiers et aux origines diverses et qui vont nourrir sa curiosité pour le monde.

A 2O ans, Roger, devenu grand, veut élargir son horizon et vendre ses clichés aux journaux et aux magazines. Il commence à photographier des célébrités. Arrivent les Yéyés... Françoise Hardy, Claude François, Eddy Mitchell et tant d’autres... Roger a leur âge, ils l’adoptent.
Surgit le rock anglais. Roger photographie les Stones...les Beatles...les Who... Il fait aussi des portraits de stars du jazz américain, le Duke, Monk, Coltrane... Sonny Rollins et beaucoup d’autres.

Au début des années 70, Roger, lassé de ce travail harassant et finalement peu rémunérateur, se tourne vers... la construction ! Il confie la gestion quotidienne du studio photo familial à sa femme.
Totalement autodidacte, il construit une à une des maisons qu’il revend avec succès (à Vaucresson, à Saint Maur...). Il continue à faire des photos mais ne cherche plus à les montrer.
En 1979, de retour de Nice il tombe par hasard sur un terrain en pente droit sur la mer, dans un coin hyper prisé, inaccessible financièrement. La providence, par un concours de circonstances, permettra à Roger de l’acquérir pour une somme modique. La grâce aux mains pleines...

Le terrain en question est à Théoule sur mer, sur une route que l’on appelle la corniche d’or. C’est l’une des plus belles routes d’Europe, la plus belle de la côte d’Azur, entre Saint Raphaël et Cannes.

La maison que Roger commença à construire en 1980 lui prit 17 ans de travail des fondations jusqu’au toit. Il coule du béton, il monte des colonnes, seul. Apparaît une demeure définitivement inachevée faite de parpaings nus et de baies vitrées sans verre, brutale et raffinée.

A la fin des années 90, sa femme en a marre. Roger doit revenir s’occuper lui-même du magasin photo familial.
Début 2000, Roger commence à fournir régulièrement le magazine « les nouvelles d’Arménie » en images d’actualité.

Je rencontre Roger en 2008 alors que je tourne Kapital (90mn, Lardux Films) et je lui propose de devenir l’un des personnages principaux de ce film qui se déroule entièrement à Montreuil. Il s’avère que je vais filmer, sans le savoir, les derniers mois de ce studio labo de quartier que Roger a tenu ouvert le plus longtemps possible… jusqu’en 2010.

Quelques mois plus tard, Roger, dans une brocante, alors qu’il s’inquiète pour la suite économique de son existence, cherche à vendre quelques disques anciens. Il rencontre un revendeur qui va devenir son agent.
Le type vient chez lui et découvre un trésor : le corpus YéYé de KASPARIAN.
Il lui dégotte une exposition à Londres.

Un grand quotidien titre en première page : Kasparian the eyes of the sixties.
La presse anglaise adore les YéYés et Roger les attendrit. C’est parti.

A Paris cette fois, alors que ROGER était encore inconnu il y a quelques mois, le journal Libération lui consacre un cahier central : KASPARIAN expose dans une galerie de Saint Germain des Près.

Jean-Marie Perrier, photographe mondialement connu, tombe amoureux d’un portrait de Françoise Hardy dont il fut le compagnon et qu’il a photographié un millier de fois. Il déclarera qu’au delà des personnes et des personnages c’est l’Epoque que Roger a photographié et raconté.

Son « agent » rencontre Philippe Manoeuvre qui découvre ces centaines de clichés ahurissants ...Un « beau » livre Manoeuvre/Kasparian paraît chez Gründ fin 2014. Son titre : « Archives inédites d’un photographe des sixties ». Philippe et Roger font la tournée des plus grosses radios et télés... ils s’amusent et se respectent.

INTENTIONS

Le K est un film documentaire non pas sur mais avec Roger Kasparian.
Roger m’évoque Pierre Etaix et Gaston Lagaffe... Avec son blouson de postier et son appareil photo continuellement autour du cou, l’oeil pétillant, Roger est un jeune homme de 77 ans cette année.

Le fil conducteur du film est double :

Il y a la route elle-même qui nous mène à une destination. Associée à la caméra, l’automobile est l’outil cinématographique par excellence.
Voiture = travelling. C’est connu. Au cinéma, en voiture, on ne s’ennuie jamais.

Et il y a le projet de faire naître un livre de sagesse, fait de sentences « kaspariennes ». Il s’agit d’un livre qui n’existera sûrement jamais mais qui nous occupera tout au long du voyage.
Ce livre sera éclairé par la trajectoire incroyable de ses parents, Varastade et Hasmig, depuis le génocide jusqu’à Montreuil où ils se sont rencontrés. Et aussi par les anecdotes de tous ordres, de toutes provenances, par les situations que Roger nous fait partager, les personnages qu’il fait revivre. Et les questions qu’il en tire. Il s’agit de considérations générales et transversales sur l’exercice d’exister tel que Roger l’a pratiqué : avec humour et gravité. Avec un sens aigu de l’absurde et du beau, du dérisoire et du vivant. Le film sera grave et drôle.

La route et le Livre se superposent et se nourrissent de digressions, de détours, s’égarent sans se perdre. Roger est le poète et je suis l’accoucheur.
On assistera à l’enregistrement sonore de nos conversations. Je serai parfois dans le champ, notamment lors de nos conversations en voiture, à l’avant du véhicule. Je prendrai des notes manuscrites aussi. Gros carnet noir. Partager avec le spectateur le fantasme d’écrire un Livre...

Le K kasparian est un road movie au sens propre comme au sens figuré. C’est à dire qu’il rend compte (conte) de la route et du chemin :
d’une part, la route de Montreuil à la baie de Cannes en camionnette avec ses péripéties et ses imprévus tant souhaités,
et, d’autre part, le chemin de vie par le biais du souvenir et de l’extrapolation des épreuves et des expériences passées et présentes.
Le tout composera notre voyage.

Le déplacement géographique devient voyage initiatique. Le voyage a une destination bien sûr mais surtout il produit un enseignement à la suite des rencontres et des aventures : une révélation pour ses protagonistes, une transformation de leurs êtres, une lecture de leurs destins. Et il est forcément toujours un documentaire sur les usages et les coutumes de nos contemporains. Dans quoi ils vivent, ce qu’ils mangent, ce qu’ils racontent...

Le film est ce que l’on appelle un road movie. L’exercice même implique que le film se compose à mesure qu’il se fait, au gré de ce qui advient. Il joue avec la providence et se joue des imprévus. Nous suivons une piste faite de tours et de détours.
Tandis que nous roulons, le projet d’un livre composé d’observations et de syllogismes dont Roger serait l’auteur se fait plus concret. J’en serai le scribe et l’enregistreur.

Les questions soulevées sont nombreuses et disparates au travers du génocide, de l’habitat, de la périphérie, de la photographie, de la paternité, de l’argent, de l’absurde, de la finitude de l’existence …du coq à l’âne et des marabouts d’ficelle…