Le mot du producteur

Nous voulons défendre avec ce projet un « cinéma d’auteur » qui s’adresse à tous public dans lequel les enfants ont toute leur place. Un cinéma non formaté, où nous ne faisons pas de concessions destinées à adoucir les propositions quelles soient graphiques ou scénaristiques

C’est ce que les précédents courts-métrages d’Anne-Laure et Léo ont démontré avec réussite, aussi bien La Saint-Festin que La Vie sans truc, par leurs nombreuses sélections en festivals de premières catégories et par les nombreux prix qu’ils y ont obtenus.

Pour faire écho à la note d’intention des auteurs, nous reprenons volontiers le concept de Nouvelle Vague dans le cinéma d’animation. C’est à dire la possibilité en animation de vivre ce qu’à vécu le cinéma « live » dans les années 50/60. Dans notre cas de figure, le fait qu’une partie de l’animation est récupérée à partir de ce qui a été fait pour La Saint-Festin et La Vie sans truc allège le travail d’animation restant et nous permet d’imaginer une autre manière de produire ce long-métrage d’animation. Nous voulons utiliser les moyens techniques du court-métrage : un savoir-faire artisanal, avec par exemple, le fait que ce soit une seule personne qui est en charge d’exécuter tous les dessins, il n’y a pas de bible graphique, avec une petite équipe de fabrication (moins d’une dizaine de personnes pour la fabrication).

Depuis 2008 nous cherchons, en parallèle de la réalisation de plusieurs courts, comment faire pour arriver au bout du projet de long sur lequel nous travaillions cette année là, et que nous avons dû laisser tomber.

La production

Nous étions convaincus que pour cela, il faudrait parvenir à faire une sorte de Nouvelle vague du cinéma d’animation. Nous nous sommes donc posés, en substance, les mêmes questions d’émancipation et de liberté que se sont posées pas mal de réalisateurs dans les années 60 : Comment s’affranchir des budgets faramineux qui pèsent sur une production ? Comment se passer d’une fabrication forcément longue, d’une technique et d’une organisation qui nous semblent trop complexes pour pouvoir rester alertes et concentrés sur ce qui prime pour nous : la liberté de proposition ?

Nous pensons qu’en parfaite cohérence avec notre façon de tracer un chemin depuis 18 ans que nous faisons des courts, nous pourrions à présent solutionner ce qui jusque là nous semblait impossible : développer un long métrage animé où pourrait parfaitement s’exprimer tout ce que nous voulons y mettre.

Au travers de nos courts métrages : La St-Festin (2007), comme de La vie sans truc (2013) et du dernier Y a pas que des histoires de Cucu (2017), nous avons toujours mis en avant une liberté de ton et eu comme priorité de bousculer les codes graphiques et narratifs.

C’est à cette « bonne école » des courts que nous puisons, au sens propre comme au figuré, l’envie et la capacité de faire un long. C’est dans ce travail que nous avons largement développé depuis nos débuts, que nous allons directement extraire les bases de notre nouveau grand chantier.

En reprenant la structure narrative du film choral sur lequel nous travaillions en 2008, et qui entrecroisait plusieurs histoires -un peu à la manière de Short Cuts de Robert Altman- nous avons eu l’idée de réaménager un nouveau puzzle à partir d’anciennes et de nouvelles pièces pour réécrire une grande histoire.

Etape 1, nous revisitons par des ajustements d’écriture mais surtout un nouveau montage, deux courts que nous avons déjà réalisés : La Saint-Festin et La vie sans truc. (Le recyclage et le détournement sont une de nos marques de fabrique depuis toujours mais là, la nouveauté est qu’ils concernent aussi nos propres productions.)
Etape 2, nous supprimons deux histoires que nous avions écrites.
Etape 3, nous réécrivons ce qui manque aux deux autres histoires que nous conservons pour lier l’ensemble en une nouvelle grande histoire, ce qui implique aussi d’écrire une autre fin.

Ça paraît simple et presque bête écrit comme ça en trois étapes mais ça représente pour nous un sacré dénouement (une Nouvelle Vague) que de penser à se servir dans la réserve que constituent des animations déjà existantes. Il faut bien sûr retravailler le montage et des points d’écriture dans un premier temps, ré-enregistrer des ajouts de voix, retravailler la colorisation et le compositing sur After Effects (voire note technique) mais enfin, nous partons d’un compteur qui n’est pas à zéro. Pour nous c’est justement la révolution qui va nous permettre de préserver la légèreté (notion toujours relative en animation) nécessaire à la fabrication de toutes les minutes restantes. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme disait Lavoisier, c’est bel et bien ce principe qui nous permet de pouvoir réellement envisager le long format.